La fabrique des territoires innovants en Lozère dans le cadre du programme Softplace

Publié le : 8 mars 2016 dans la catégorie: Actualités Non classé

Lozère Développement et la Maison de l’emploi et de la cohésion sociale (MDECS) sont impliqués dans des travaux de la Fabrique des territoires innovants (FTI) et de la FING pour mieux comprendre l’émergence des lieux de travail partagé en Lozère.

http://lozere-developpement.com/la-lozere-rejoint-le-programme-softplace-pour-reflechir-aux-lieux-de-travail-partage/

Laura Callegari (FTI), Adeline Vitrolles (MDECS) et Vincent Gatin (Lozère développement) ont réalisé les 15, 16 et 17 février, un audit de trois « tiers-lieux » ruraux en Lozère afin de mieux connaitre leur fonctionnement, les attentes de leurs usagers et de travailler sur des formats d’animation. Retour sur ces 3 journées.

I / Le Bar l’atelier, un espace sous gouvernance privée dédié au numérique et au prototypage léger.

Les rencontres ont commencé à Mende avec la visite de l’Atelier, un lieu où se rencontrent travailleurs indépendants et férus de nouvelles technologies. L’échange s’est déroulé avec Josselin Streiff, à l’origine de la création du lieu avec son frère Florent.

Jusqu’à ce jour, il n’existe pas suffisamment d’initiatives de ce type en milieu rural pour quantifier ou apprécier le phénomène des tiers lieux dans ce contexte particulier. Trois mois après son ouverture, l’Atelier en tant que lieu indépendant et précurseur, permet d’identifier des tendances émergentes extrêmement instructives dans le contexte lozérien.

Il existe un public au centre-ville de Mende à la recherche d’espace de travail ponctuel et de lieux permettant de développer des projets numériques ou artisanaux. Le cas d’Alain illustre un besoin émergeant peu identifié jusqu’ici.

Alain travaille le matin dans un supermarché. L’après-midi, il vient à l’Atelier et développe des projets en s’appuyant sur les outils d’impression 3D notamment. Il a conçu des bijoux, et en ce moment il prototype une installation de SCAN 3D permettant de modéliser le petit patrimoine que l’on trouve sur le Causse (croix templiers, etc.).

Au-delà de l’accueil de coworkers et de passionnés du numérique, Josselin considère aussi que les Tiers lieux ruraux ont une vocation sociale d’accueil car le public est rarement celui d’indépendants en capacité financière de louer un bureau à l’heure, comme c’est le cas en ville. Les heures d’ouverture et l’absence de contrainte d’entrée font de l’Atelier un tiers-lieu où plusieurs personnes en difficulté professionnelle, viennent passer du temps pour se détendre ou démarrer des projets.

Ce contexte particulier explique pourquoi le modèle économique des tiers lieux ruraux est si difficile à trouver. Les pistes explorées par Josselin et Florent Streiff restent à affiner mais elles reposent pour le moment, sur la multiplication de services payants de proximité. D’une part des services de snack restauration permettent d’assurer un chiffre d’affaires minimum et d’autre part un service numérique pointu permet d’envisager un avenir pour le lieu à long terme. Sur l’aspect numérique, Josselin se concentre sur deux axes : le service d’impression 3D de proximité en B to B et la réalité virtuelle qu’il construit à travers une multitude de partenariats (OSVR, développeur 3 D etc.).

Pour soutenir la dynamique et fédérer les forces vives autour de l’Atelier, l’animation est absolument nécessaire. Les événementiels permettent de développer la fréquentation et d’associer plusieurs communautés d’usagers tels que l’association Gévaulug visant à promouvoir les logiciels libre ou le « Dojo entreprises agiles ».

Ces évènements permettent aussi de positionner l’Atelier comme lieu culturel et de vie au service des mendois. Les concerts, les soirées gaming et jeux de société sont autant de moment important à la création d’un esprit des lieux.

II / Villefort Mutualisation de services au sein du bâtiment de la communauté de communes.

DSC_1325

Entretien avec Murielle dans la salle visioconférence du télécentre

Après Mende, direction Villefort. Une série d’entretiens a été réalisée dans le bâtiment de la communauté de communes qui agrège un télécentre, une salle de réunion, une maison des services au public et une résidence d’entreprise. Contrairement au bar l’Atelier, ce lieu public n’a pas vocation à proposer des services de restauration ou de loisir. Il est donc imaginé comme un levier de développement économique pour le territoire. Plusieurs éléments forts sont ressortis des entretiens avec l’animatrice et trois usagères du télécentre :

Pour l’animatrice, Murielle Fantini : « la diversité de fonctions dans un même lieu est une force. Cela permet de mettre en relation des entreprises, des freelances, des artisans, des personnes effectuant leur service civique. » Ce mix de publics permet de créer progressivement une communauté locale d’entraide. Par exemple, Aline Mousset, une freelance spécialiste en communication digitale, vient tous les matins travailler au télécentre. Au fur et à mesure des rencontres et des liens interpersonnels qui se tissent avec l’animatrice et les autres télétravailleurs, elle s’est construit un réseau et accompagne désormais plusieurs associations et entreprises locales dans leur communication numérique.

S’adresser à différents publics nécessite un accueil approprié et une adaptation des modalités d’accès. Certains usagers travaillent en soirée, d’autres de manière ponctuelle en journée. Une convention a été mise en place pour permettre aux usagers d’utiliser de manière autonome les locaux. Donner l’accès au lieu en l’absence de personnel de la Communauté de commune traduit le nécessaire climat de confiance qu’il faut savoir instaurer pour insuffler une fréquentation et faire accepter tous les usages par la population. Certains habitants ont, par exemple, dû être rassurés après avoir constaté l’occupation des locaux pendant des nuits entières. Cette adaptation à tous les rythmes de vie est un gage de réussite.

Un lieu numérique et innovant dans un environnement économique marqué par l’artisanat

Une partie importante des usagers du télécentre est constituée d’artisans qui cherchent des conseils pour réaliser  des démarches administratives. Le besoin est si fort qu’il apparait nécessaire d’encourager cette médiation et d’imaginer une solution plus efficace en lien avec la Chambre de Métiers par exemple. D’autres pistes de travail ont été évoquées comme la création d’un groupement d’employeur prenant en charge un poste de secrétariat mutualisé directement hébergé au télécentre ou l’installation d’un(e) secrétaire freelance à Villefort.

Ces entretiens ont eu lieu quelques heures avant l’inauguration de la résidence Relier de Villefort et l’installation de l’entreprise Trinoma (lien). La présence d’une entreprise de la filière numérique dynamise cet ensemble et apporte une véritable crédibilité. Pour une usagère des lieux : « partager des locaux avec une entreprise innovante, c’est très enrichissant. On échange de manière informelle et cela nous donne une culture de l’innovation et de l’entreprise vraiment appréciable ».

Au-delà des échanges informels bénéfiques, l’intégration de Trinoma à Villefort montre bien qu’un espace de travail partagé conçu avec souplesse peut être un moteur de développement économique local.  

III / Florac, un lieu tremplin pour les indépendants ?  

Enfin, un troisième temps d’échange s’est tenu à Florac avec l’animatrice du lieu et trois télétravailleurs. Le focus de cette série d’entretiens a été mis sur les parcours des usagers.

Petit point sur le contexte local.

En 2011, lors de l’écriture de la charte SoLozère, la Maison de l’emploi de Florac disposait d’un espace peu adapté néanmoins ouvert au coworking. Elle était donc labélisée « comptoir solozère » et ne pouvait prétendre au statut de « télécentre ». En 2014, suite à l’ouverture d’une salle de réunion privative, elle est labélisée « télécentre solozère » et a pu accueillir dans de meilleures conditions les télétravailleurs. Paradoxalement, la maison de l’emploi de Florac, bien que peu adaptée matériellement au télétravail, a toujours été un des lieux les plus utilisés en Lozère du fait de la mutualisation des services et de la présence de deux animatrices sur place. En 2016, le télécentre déménage dans des locaux voisins et gagne à nouveau en fréquentation. Il prendra sa forme définitive à l’automne 2016 avec l’investissement d’un étage supplémentaire. Il sera officiellement inauguré à cette occasion.

3 parcours d’usagers qui éclairent sur les services nécessaires au sein d’un télécentre.

La télétravailleuse salariée.

La première usagère est une conseillère en formation travaillant pour une entreprise basée à Caen (Normandie). Elle a découvert le tiers lieu en réalisant des démarches administratives. C’est par une affiche sur la porte qu’elle est informée (par hasard) qu’elle se trouve dans un lieu répondant à sa  problématique professionnelle.

Aujourd’hui, elle réalise quotidiennement plus de 30 minutes trajet en voiture pour se rendre au télécentre car comme beaucoup d’usagers, elle habite dans une maison de village ou les connexions informatiques et téléphoniques ne sont pas adaptées à des usages professionnels. La présence d’un tiers lieu apparait donc comme une condition nécessaire au maintien de son activité et dans l’idéal elle souhaiterait un maillage plus fin du territoire.

Quelques éléments sont fortement valorisés dans son discours : pouvoir rencontrer du monde et avoir des moments de convivialité apparait indispensable. Les services parallèles proposés depuis le tiers lieu le sont tout autant, surtout pour une usagère résidant dans un village isolé.

D’autres éléments, pourtant peu évoqués au départ dans son discours, apparaissent insuffisants et risquent au fur et à mesure de remettre en question son recours au télécentre : le confort et l’ergonomie des postes de travail apparaissent inadaptés dès que le travail se prolonge. L’ouverture de l’espace et l’absence de traitement acoustique est problématique lorsque les entretiens téléphoniques s’enchainent.

Le consultant indépendant.

Le second usager a pris connaissance de l’existence du lieu suite à sa participation à des animations pilotées par le réseau SoLozère (visite du salon connecsud, puis participation aux barcamps). Il est venu au tiers lieu à la fois pour rechercher une convivialité dans le travail et créer de nouvelles relations professionnelles indispensables à son activité. La présence des animatrices, notamment à travers leurs conseils pour les démarches administratives, est soulignée dans son discours.  Il peut, depuis ce nouveau lieu de travail, effectuer toutes les démarches administratives souvent chronophages et complexes. Pour lui, le télécentre doit être pensé dans son environnement et servir la vie de village pour permettre à tous les occupants de se rencontrer, d’échanger. L’ouverture du lieu vers l’extérieur (terrasse ; etc.) lui semble nécessaire pour imaginer des tiers lieux ruraux qui tirent avantage d’un cadre de vie différent de celui de la ville.

Le professionnel média et Web

Enfin un troisième usager peu friand des télécentres nous a confié considérer cette offre comme déconnectée des besoins des professionnels du web. En premier lieu, le travail sur un poste de travail mutualisé non garanti pose des soucis pour installer du matériel encombrant et fragile (double voire triple écran, station graphique fixe…). Deuxièmement, les besoins de confidentialité et de calme limitent également la possibilité de travailler dans un contexte collectif ouvert. Aussi la mutualisation des services évoquée comme positive précédemment apparait pour lui contraignante avec un mélange d’usagers aux problématiques et besoin trop différents (demandeurs d’emplois, jeunes en difficultés, retraités, associatifs). Ces appropriations collectives, imprévisibles, sont, selon lui, peu propices à une coloration Business du site. Cette difficulté est renforcée par la qualité des locaux et la taille réduite des bureaux. La situation s’améliore cependant depuis le déménagement. Il serait alors nécessaire, selon lui, d’imaginer un « hôtel » d’entreprise tertiaire à Florac en relai du télécentre pour les usagers aux contraintes technique les plus fortes.

Ces trois parcours sensiblement différents témoignent de l’hétérogénéité des besoins des usagers qui, selon leurs sensibilités, activités économiques et contraintes physiques perçoivent les espaces de travail partagés très différemment. La question de la connectivité souvent mise en exergue apparait reléguée en annexe d’une problématique d’ensemble liée aux conditions de travail. Dans les discours revient souvent la notion de le lieu « transitoire » qui montre bien que le tiers lieu n’est pas perçu comme une solution en soit, mais souvent comme une solution temporaire vers une organisation de travail plus durable. 

 

Conclusion

Des lieux de travail partagé existent en Lozère et s’ouvrent progressivement à des formes très variées d’usage. Il n’y a pas de modèle ni de recette, mais quelques enseignements à l’issu des visites récentes :

-          L’adaptabilité, la souplesse sont le gage de s’adresser au plus grand nombre

-          L’imbrication dans son environnement proche permet au lieu de répondre à des contraintes locales et de créer du lien entre des usagers d’horizons différents.

-          Le rôle de l’animation du lieu est déterminant pour sa vitalté

-          Tous ces lieux sont à la fois des outils de développement économique et de lien social dans les territoires.

Lozère Développement, la MDECS, la Fabrique des Territoires Innovants et la FING organisent une journée de travail le 24 mars pour approfondir cet état des lieux et élaborer les outils renforcer le réseau SoLozère.

VG – Lozère Développement.

Source :

http://solozere.com

« L’économie collaborative, nouveau modèle de travail en réseaux ?
Solozère a participé à la Semaine digitale de Bordeaux pour préparer les rendez-vous numériques de l’année »